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Delphine Larose

Empreinte du temps : Patrick Coutu au Magasin Général

EMPREINTE DU TEMPS : PATRICK COUTU AU MAGASIN GÉNÉRAL


de Anna Kovler

À l’embouchure du fleuve Saint-Laurent, près de la petite communauté de Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine en Gaspésie, Patrick Coutu travaille sur une série d’empreintes moulées à même les montagnes. La tâche est loin d’être facile, tandis qu’il doit garder l’équilibre sur les falaises abruptes entourant une cascade pour faire adhérer le matériau de moulage – pulpe de papier – à la roche.

Son choix de matériau évoque le passé industriel de la région, autrefois actrice d’un réseau florissant, qui comprenaient d’innombrables usines de pâtes et papiers, d’usines textiles et de fonderies métallurgiques – dont des fonderies d’aluminium – implantées le long du Saint-Laurent. Si la Great Eastern Paper Company a disparu depuis longtemps, les montagnes appalachiennes existent encore, installations pérennes évoluant au rythme lent de la nature et contraire aux cycles constants de l’industrie.

Coutu moule ces parois rocheuses où les failles, lignes naturelles qui semblent couler comme autant de veines à travers les formations de l’imposant relief montagneux, témoignent à la fois des décalages soudains et de l’érosion perpétuelle qui modifient la surface de la terre. Tels une cicatrice qui marque incontestablement une période de changement, les points de fracture révèlent la structure intérieure de la roche. La série de moulages connecte alors les montagnes aux arbres qui les entourent, et rapproche ainsi les changements géologiques des changements industriels.

En effet, les changements dans les formations terrestres reflètent les changements au sein des villes et des industries, mais selon une toute autre échelle temporelle. Entre 1866, date d’implantation de la première usine de pâte de bois du Québec, et l’année 2000 qui marque le déclin de l’industrie du papier, seules 134 années se sont écoulées. Or, les Appalaches se sont formées il y a près de 480 millions d’années.

Le bâtiment dans lequel la série de moulages de Coutu sont exposées appelle à un autre changement paysager. Son projet prend naissance au Magasin Général, studio de création proposant un programme international de résidence et un espace d’exposition situé au coeur d’un immeuble du XIXe siècle, dont il tire précisément son nom.

Avec la disparition de l’usine à papier et la fin de l’époque d’essor industriel, de nouveaux types d’économies ont vu le jour. Ainsi, le commerce obsolète qu’était devenu le magasin général s’est vu transformé en lieu de résidence internationale. Préserver le nom d’origine du bâtiment, revient un peu à chercher des lignes des failles dans la montagne ; nous sommes portés à connaître l’histoire d’une ville et d’un territoire, à arborer fièrement nos cicatrices.

La nouvelle série de Patrick Coutu et l’exposition Natura Loci ont été réalisés dans le cadre de la résidence au Magasin Général, studio international en création multidisciplinaire, à Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine, Québec. L’exposition est ouverte aux visiteurs jusqu’au 12 août 2018.

Les prochaines expositions de Coutu prendront place à la galerie Choi & Lager à Cologne (Allemagne) en décembre 2019 et au Musée d’art de Joliette à l’automne 2019.

Patrick Coutu, Flux III, Fosse, 2018. Émail et acrylique sur papier.

Patrick Coutu, Flux I, Grand Sault, 2018. Émail et acrylique sur papier.

Patrick Coutu adhère de la pulpe de papier sur la montagne – Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine en Gaspésie, 2018.

Patrick Coutu adhère de la pulpe de papier sur la montagne – Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine en Gaspésie, 2018.

Magasin Général – Studio international en création multidisciplinaire à Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine, Québec.

Image d’archive d’une salle de machines du Canada Paper Pulp Company en 1894.