Par Emma Simon

La danse est, depuis toujours, un art qui appelle à la collaboration. Nombreux sont les plasticiens et musiciens qui ont travaillé avec des chorégraphes. De Léon Bakst à Marcel Duchamp, en passant par Rauschenberg ou encore Jasper Johns, les artistes ont depuis toujours vu leurs oeuvres quitter les musées et galeries pour s’installer sur la scène d’un théâtre. Ce n’est pourtant que beaucoup plus tard que la danse s’est invitée au sein des musées, s’adaptant à un environnement et un public différents de ceux qui lui sont généralement imposés.

Cette pratique, rendue populaire par Merce Cunningham et Trisha Brown à New York, se fait de plus en plus répandue. Arsenal Montréal a ainsi accueilli de nombreux chorégraphes au cours de ces dernières années pour des résidences de deux semaines desquelles découlaient des performances ouvertes au public. C’est une réflexion sur la nature de cette rencontre qui donne naissance au projet Dancing Museums, mis en place depuis bientôt deux ans. Initié par cinq organisations pour la danse contemporaine, il propose une résidence à huit jeunes artistes dans huit des musées les plus réputés d’Europe, tels que la National Gallery, le Museum Boijmans Van Beuningen ou encore le Louvre. Danseurs, chorégraphes et vidéastes se sont ainsi trouvés plongés pendant deux ans dans la vie des musées et des artistes visuels. Une union des arts pour inviter le public regarder différemment.

C’est avant tout une immersion totale dans l’univers des musées qui a été proposée aux différents artistes participants. Visites guidées de chaque espace, rencontre avec les artistes au sein de leurs ateliers, discussions autour de leurs processus de création… Plus qu’une simple expérience de concomitance, c’est une intime rencontre entre les arts visuels et chorégraphiques qui est visée ici ; accompagnée d’une vraie recherche sur l’univers muséal. Exploration de l’architecture, réflexion sur notre façon de regarder une oeuvre, étude du comportement des visiteurs trouvent leur place tout autant que l’interprétation pure d’une oeuvre picturale dans un corps vivant et mouvant. Les danseurs deviennent alors des oeuvres eux-mêmes, tout autant que des guides de ces musées, enseignant aux visiteurs une nouvelle façon de voir les oeuvres

Une expérience singulière parfaitement retranscrite ici en vidéo, sans oublier le Tumblr de Dancing Museums qui relate les questionnements qui ont guidé et alimenté les danseurs dans leur recherche ainsi que les différents points de vue des directeurs des musées, des conservateurs et des membres des organisations pour la danse impliquées dans le projet.