JOUER À LA FIN DU MONDE : ED FORNIELES À LA GALERIE Wedding, Berlin


de Anna Kovler

Ed Fornieles s’intéresse à la manière dont les gens créent et incarnent des identités. À quel point sommes-nous susceptibles de nous approprier des identités prédéfinies et prêts-à porter ? À quel point sommes-nous vulnérables aux fantasmes et aux histoires qui se morphent à nos existences ? Ces questions surgissent continuellement dans le travail multidimensionnel de Ed Fornieles. Au cours de la dernière décennie, l’artiste a organisé des  frat parties, fabriqué des adorables personnages de dessin animé et créé un sitcom sur Facebook retraçant des études de cas se penchant sur les mécaniques de la formation identitaire. Son corpus récent intitulé SIM Vol. 1 comprend une série de simulations étalée sur une période de plus de cinq mois avec un groupe de quatre jeunes.

Après une première écoute de Test Studies (2017), un film dans lequel les participant-es reviennent sur cette expérience, on pourrait croire que le groupe avait expérimenté une simulation en réalité virtuelle. Pourtant, les jeunes avaient simplement pris part à une conversation et à un jeu de rôles, assis autour d’une table alors que Fornieles jouait au réalisateur. À partir de pistes simples lancées par Fornieles, les participant-es venaient construire et activer les scénarios imaginés. Des prémisses apocalyptiques et post-apocalyptiques étaient choisies comme points de départ, puisqu’elles sauraient inévitablement donner lieu à des occasions de revoir le monde et de pousser les participant-es à leurs limites éthiques en cas extrêmes.

« Avec l’invasion des extraterrestres », explique Fornieles. « J’ai commencé la session avec une proposition simple :  » il y a quelques mois, un objet étrange a été repéré dans le ciel  » », suite à quoi Fornieles a demandé aux participant-es d’élaborer. Tout le reste du scénario est venu de leur part. Les témoignages de ces jeunes révèlent à quel point ce monde imaginaire aura pris une dimension réelle.

« Le moment de la tuer – je voulais garder ça le moins sale que possible », se rappelle une participante, alors qu’elle décrit son meurtre d’une petite fille dans le but d’assurer la sécurité du groupe. « C’était étrange, parce qu’elle se trouvait dans une situation tellement innocente; elle était en train de jouer… J’ai ressenti un soulagement; elle apparaissait comme une source de danger. » Une autre participante décrit la mort de son père provoquée par une épidémie de grippe, suivie de sa propre mort.

Dans la galerie, un manuel accompagne le film avec des instructions détaillées qui expliquent comment reproduire de telles simulations à la maison. Fornieles poursuit : « Même si les prémisses sont vouées à des situations de violence extrême, la simulation de scénarios peut aider les gens à prendre un recul sur les paramètres de leur propre éthique et de leur propre morale, et peut-être faire les choses différemment après réflexion. »

Test Studies (le film) et SIM Vol. 1 (le manuel) de Ed Fornieles sont exposés jusqu’au 15 juillet 2018 à la Galerie Wedding (Berlin, Allemagne), dans le cadre de l’exposition de groupe « I Am Large, I Contain Multitudes. » Les expositions à venir comptent deux performances immersives à grande échelle :  Absolute Community au Martin Gropius-Bau (Berlin, Allemagne) du 13 au 15 juillet 2018, ainsi que The Group au Athens Biennale (Grèce), le 24 octobre 2018.

Ed Fornieles, Test Studies, 2017, vidéo HD en boucle (18:17 minutes). (Présenté sur un écran partagé avec entrevues de participant-es (gauche) et images générées par ordinateur (droite)). Documentation de l’exposition par Trevor Lloyd. Gracieuseté de Galerie Wedding.

Ed Fornieles, Test Studies, 2017, vidéo HD en boucle (18:17 minutes). Documentation de l’exposition par Trevor Lloyd. Gracieuseté de Galerie Wedding.

Ed Fornieles, Test Studies, 2017, vidéo HD en boucle (18:17 minutes) et Sim. Vol.1: Existential Risk, 2017, livre A4 30 x 21 cm. Ed Fornieles, Test Studies, 2017, vidéo HD en boucle (18:17 minutes). Documentation de l’exposition par Trevor Lloyd. Gracieuseté de Galerie Wedding.